{"id":957,"date":"2019-10-01T22:08:45","date_gmt":"2019-10-01T20:08:45","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/?p=957"},"modified":"2019-10-01T22:30:55","modified_gmt":"2019-10-01T20:30:55","slug":"le-mensonge-des-religions-patriarcales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/claudinemarichal.be\/?p=957","title":{"rendered":"Le mensonge des religions patriarcales"},"content":{"rendered":"<p><!--#include file=\".\/head.asp\"--><br \/>\n<!--#include file=\".\/headleft.asp\"--><\/p>\n<table cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<div class=\"style4\"><\/div>\n<div class=\"style6\" align=\"justify\">\n<ol>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ol>\n<li><a class=\"Link2\" href=\"#1\">Avant Yahv\u00e9, la culture du divin f\u00e9minin, Fran\u00e7oise Gange<\/a><\/li>\n<li><a class=\"Link2\" href=\"#2\">Le christianisme officiel s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9 de l&rsquo;enseignement de J\u00e9sus, Fran\u00e7oise Gange<\/a><\/li>\n<li><a class=\"Link2\" href=\"#3\">J\u00e9sus ne partageait pas l&rsquo;horreur du f\u00e9minin dont l&rsquo;Eglise a longtemps \u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9e, Fran\u00e7oise Gange<\/a><\/li>\n<li><a class=\"Link2\" href=\"#4\">L&rsquo;enseignement de J\u00e9sus, consid\u00e9r\u00e9 comme h\u00e9r\u00e9tique, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9crit par l&rsquo;Eglise, Fran\u00e7oise Gange<\/a><\/li>\n<li><a class=\"Link2\" href=\"#5\">L&rsquo;Eglise s&rsquo;est efforc\u00e9e de l\u00e9gitimer Pierre, celui qui hait la race des femmes, Fran\u00e7oise Gange<\/a><\/li>\n<li><a class=\"Link2\" href=\"#6\">L&rsquo;\u00eatre humain se r\u00e9alisera \u00ab\u00a0lorsqu&rsquo;il fera du masculin et du f\u00e9minin un Unique\u00a0\u00bb, parole de J\u00e9sus<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<hr \/>\n<div class=\"style3\" align=\"justify\"><a name=\"1\"><\/a><b>1. Avant Yahv\u00e9, la culture du divin f\u00e9minin<\/b><br \/>\n<i>Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange<\/i><\/div>\n<div align=\"justify\"><\/div>\n<div class=\"style3\" align=\"justify\">Avant Yahv\u00e9, premier dieu c\u00e9libataire, c\u2019est-\u00e0-dire premier dieu sans contrepartie f\u00e9minine de toute l\u2019histoire, le f\u00e9minin \u00e9tait sacralis\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du masculin, comme en t\u00e9moigne la composition des panth\u00e9ons tant \u00e9gyptien, que grec, ph\u00e9nicien, canan\u00e9en, akkadien, babylonien\u2026 pour ne citer que des exemples concernant les territoires qui jouxtent, entourent ou, pour ce qui est de Canaan, ont servi de th\u00e9\u00e2tre aux faits relat\u00e9s par l\u2019Ancien Testament.<br \/>\nDans ces diff\u00e9rents pays, la figure de la D\u00e9esse \u00e9tait encore souvent pr\u00e9gnante \u00e0 l\u2019\u00e9poque biblique, comme on peut le constater \u00e0 travers les innombrables passages de l\u2019Ancien Testament qui r\u00e9sonnent des impr\u00e9cations de Yahv\u00e9 contre l\u2019ancien culte vou\u00e9 \u00e0 celle \u00ab dont les noms sont innombrables \u00bb, Astart\u00e9 la Tr\u00e8s Haute, la Reine du Ceil et de la Terre.Car le divin avait d\u2019abord \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme \u00e9tant f\u00e9minin. Astart\u00e9 n\u2019\u00e9tait qu\u2019un avatar tardif d\u2019Ishtar, d\u00e9esse des Akkadiens, qui avait elle-m\u00eame succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 la grande d\u00e9esse sum\u00e9rienne Inanna, ma\u00eetresse de la Fertilit\u00e9\/F\u00e9condit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire cr\u00e9atrice de toute vie.<br \/>\nPlus avant encore, les diff\u00e9rentes \u00e9tapes du n\u00e9olithique s\u2019\u00e9taient elles aussi structur\u00e9es autour d\u2019une D\u00e9esse-M\u00e8re dont on peut voir les diverses repr\u00e9sentations symboliques sur les objets datant de cette p\u00e9riode.<br \/>\nCe concept d\u2019un divin f\u00e9minin, tr\u00e8s ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e9mergence des dieux m\u00e2les, semble avoir \u00e9t\u00e9 universel puisqu\u2019on en retrouve les traces tant au Proche- et au Moyen-Orient, qu\u2019en Extr\u00eame-Orient, en Europe, jusqu\u2019aux pays scandinaves et en Afrique\u2026<br \/>\nLes mythes de Sumer racontent le formidable combat, aux environs de 3000 av. J.-C., des premiers h\u00e9ros m\u00e2les en qu\u00eate de divinisation, contre la D\u00e9esse jusque-l\u00e0 con\u00e7ue comme Cr\u00e9atrice des mondes et de la vie sous toutes ses formes, pourvoyeuse de l\u2019Eau fertile et du Grain qui nourrit.<br \/>\n[\u2026]<br \/>\nLes h\u00e9ros qui, bien avant Yahv\u00e9, se sont attaqu\u00e9s au culte du divin f\u00e9minin, ont pour noms Gilgamesh, Baal, Ninurta, puis Marduk\u2026 Les mythes de Sumer \u2013 les plus anciens t\u00e9moignages \u00e9crits retrouv\u00e9s \u00e0 ce jour \u2013 r\u00e9sonnent d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la fureur de leurs exp\u00e9ditions guerri\u00e8res sur les flancs de la Montagne sacr\u00e9e qu\u2019ils veulent conqu\u00e9rir pour eux-m\u00eames, mettant \u00e0 bas le r\u00e8gne de la D\u00e9esse, et massacrant ses grandes pr\u00eatresses dont ils convoitent le tr\u00f4ne \u00e0 la fois terrestre et divin.<br \/>\n[\u2026]<br \/>\nLes mythes montrent que la conqu\u00eate patriarcale s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e conjointement sur les plans temporel et divin, les premiers dieux (Enki, Enlil, Nanna\u2026) venant asseoir la l\u00e9gitilit\u00e9 des nouveaux monarques, m\u00e2les, en m\u00eame temps qu\u2019ils rel\u00e9guaient la D\u00e9esse.<br \/>\nPour les dieux comme pour les rois, il s\u2019agissait de vaincre la \u00ab premi\u00e8re humanit\u00e9 \u00bb constitu\u00e9e par les fid\u00e8les de la Grande M\u00e8re. Il fallait ensuite d\u00e9raciner les anciennes croyances, pour parvenir \u00e0 imposer la \u00ab deuxi\u00e8me humanit\u00e9 \u00bb patriarcale, structur\u00e9e sur la terre comme au ciel autour du principe masculin. Humanit\u00e9 patriarcale d\u2019o\u00f9 a \u00e9merg\u00e9 Yahv\u00e9, le Dieu m\u00e2le unique qui a termin\u00e9 l\u2019\u0153uvre d\u2019\u00e9radication du f\u00e9mining divin. (Pages 102 \u00e0 105 \u2013 Edition Alph\u00e9e).<\/p>\n<p><a href=\"#top\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-936\" src=\"..\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/fleche_top.gif\" alt=\"\" width=\"10\" height=\"5\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a name=\"2\"><\/a><b>2. Le christianisme officiel s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9 de l&rsquo;enseignement de J\u00e9sus<\/b><br \/>\n<i>Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange<\/i><\/p>\n<p>Ainsi Pierre, Paul et tous les \u00e9v\u00eaques apr\u00e8s eux, ont-ils enseveli l\u2019enseignement si profond\u00e9ment novateur de J\u00e9sus, le message de paix et d\u2019amour se retransformant en message d\u2019exclusion et de geurre. Guerre men\u00e9e par une moiti\u00e9 de l\u2019humain sur l\u2019autre moiti\u00e9 et ce, tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019individu que dans la soci\u00e9t\u00e9 : l\u2019esprit (assimil\u00e9 \u00e0 la force m\u00e2le) ayant pour t\u00e2che d\u2019\u00e9craser le corps assimil\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 femelle (parfois jusqu\u2019\u00e0 des attitudes extr\u00eames, mac\u00e9rations, flagellations et autres mortifications des moines) ; l\u2019homme \u00e9tant confort\u00e9 dans sa sup\u00e9riorit\u00e9 et son bon droit \u00e0 \u00e9craser la femme ; et le divin, con\u00e7u comme ext\u00e9rieur et d\u2019essence radicalement diff\u00e9rente, ayant pour finalit\u00e9 de culpabiliser l\u2019humain afin de le soumettre.<br \/>\nLe christianisme officiel faisait ainsi perdre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 sa change d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la grandeur v\u00e9ritable, qui r\u00e9side dans la conscience de ce que le divin est au-dedans de chacun : Royaume \u00e0 atteindre par la qu\u00eate int\u00e9rieure, ardente et sinc\u00e8re, comme le dit l\u2019Enseigneur dans tous les manuscrits de la gnose interdite, et tout sp\u00e9cialement dans <i>L\u2019\u00e9vangile selon Thomas<\/i>. (Page 194 \u2013 Edition Alph\u00e9e)<\/p>\n<p><a href=\"#top\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-936\" src=\"..\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/fleche_top.gif\" alt=\"\" width=\"10\" height=\"5\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a name=\"3\"><\/a><b>3. J\u00e9sus ne partageait pas l&rsquo;horreur du f\u00e9minin dont l&rsquo;Eglise a longtemps \u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9e<\/b><br \/>\n<i>Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange<\/i><\/p>\n<p>L\u2019attitude de J\u00e9sus vis-\u00e0-vis des femmes et du f\u00e9minin ne refl\u00e8te en rien la misogynie des r\u00e9dacteurs de l\u2019Ancien Testament. Misogynie qui fut pourtant reprise par la hi\u00e9rarchie de l\u2019Eglise, comme on peut le voir dans ce qui suit.<br \/>\nAu IIIe si\u00e8cle, afin d\u2019affirmer le caract\u00e8re divin de J\u00e9sus et de d\u00e9gager ce dernier de la souillure que repr\u00e9sentait sa naissance du corps d\u2019une femme, l\u2019Eglise d\u00e9veloppa l\u2019image du Fils engendr\u00e9 dans le sein du P\u00e8re \u00e9ternel. Tandis qu\u2019au Ve si\u00e8cle, ayant impos\u00e9 la divinit\u00e9 de J\u00e9sus, elle se demanda dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit comment, J\u00e9sus \u00e9tant Dieu, il pouvait avoir subi une seconde g\u00e9n\u00e9ration du sein d\u2019une femme.<br \/>\nL\u2019id\u00e9e paraissait si r\u00e9pugnante au patriarche de Constantinople, Nestorius, qu\u2019il s\u2019indignait dans une lettre \u00e0 son coll\u00e8gue Cyrille d\u2019Alexandrie : \u00ab Tu oses dire que le Fils de Dieu a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 dans le sein, qu\u2019il grossissait, puis qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 allait\u00e9, lang\u00e9 ? Cela suffit : ne retourne pas aux mythologies pa\u00efennes. \u00bb Et Nestorius avait alors imagin\u00e9 le compromis suivant : le fils de Dieu \u00e9tait venu s\u2019installer dans l\u2019enfant naissant, sans subir le processus humiliant de la g\u00e9n\u00e9ration.<br \/>\nOr J\u00e9sus ne semble pas avoir partag\u00e9 cette horreur du f\u00e9minin et de ce qui lui \u00e9tait traditionnellement li\u00e9 : la maternit\u00e9, les enfants, les t\u00e2ches du quotidien, ni m\u00eame la sexualit\u00e9 f\u00e9minine lorsqu\u2019il arrivait qu\u2019elle d\u00e9bord\u00e2t du cadre rigide que les pr\u00e9ceptes juifs lui imposaient.<br \/>\nIl ne condamne pas la femme adult\u00e8re que lui am\u00e8nent scribes et parisiens, pr\u00eats \u00e0 la lapider comme le prescrivait la Loi juda\u00efque.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><i>Ma\u00eetre, lui dirent-ils, cette femme a \u00e9t\u00e9 prise en flagrant d\u00e9lit d\u2019adult\u00e8re. Dans la Loi, Mo\u00efse nous a prescrit de lapider ces femmes-l\u00e0. Et toi, qu\u2019en dis-tu ?<\/i> (Jn VIII, 4-5)<\/p>\n<p>Ce faisant, les autorit\u00e9s juda\u00efques veulent tester J\u00e9sus et v\u00e9rifier s\u2019il adh\u00e8re \u00e0 leur foi \u2013 situation qui revient fr\u00e9quemment dans les Evangiles et qui montre \u00e0 quel point l\u2019enseignement de J\u00e9sus devait diverger de ce qu\u2019enseignait la Loi. On conna\u00eet la r\u00e9ponse de ce dernier :<br \/>\n<i>Que celui qui n\u2019a jamais p\u00e9ch\u00e9 lui jette la premi\u00e8re pierre !<\/i><br \/>\nLes accusateurs \u00e9tant partis d\u00e9contenanc\u00e9s, J\u00e9sus fait alors remarquer \u00e0 celle dont il vient de sauver la vie, qu\u2019elle est libre de s\u2019en aller puisqu\u2019ils ne l\u2019ont pas condamn\u00e9e, et il ajoute :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><i>Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et ne p\u00e8che plus.<\/i><\/p>\n<p>A la d\u00e9monisation de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine situ\u00e9e hors cadre du mariage, \u00e0 sa r\u00e9pression f\u00e9roce par la Loi juive puisque l\u2019adult\u00e8re des femmes est trait\u00e9 comme un v\u00e9ritable crime, puni de mort, J\u00e9sus oppose une logique de justice et une droitesse tranquille : qui peut se faire le juge de l\u2019autre ? Qui n\u2019a jamais commis d\u2019actions r\u00e9pr\u00e9hensibles ?<br \/>\nIl faut rappeler que dans l\u2019Ancien Testament, source de la Loi qui condamne \u00e0 la lapidation la femme adult\u00e8re, la polygamie est tol\u00e9r\u00e9e pour les hommes et m\u00eame bien vue : Salomon avait \u00ab sept cents \u00e9pouses de rang princier et trois cents concubines \u00bb.(Page 28-29 \u2013 Edition Alph\u00e9e)<\/p>\n<p><a href=\"#top\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-936\" src=\"..\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/fleche_top.gif\" alt=\"\" width=\"10\" height=\"5\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a name=\"4\"><\/a><b>4. L&rsquo;enseignement de J\u00e9sus, consid\u00e9r\u00e9 comme h\u00e9r\u00e9tique, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9crit par l&rsquo;Eglise<\/b><br \/>\n<i>Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange<\/i><\/p>\n<p>Il faut rappeler que le canon (terme qui signifie \u00ab r\u00e8gle \u00bb) du Nouveau Testament, c\u2019est-\u00e0-dire la liste des \u00e9crits reconnus comme livres saints par l\u2019Eglise, s\u2019est trouv\u00e9 fix\u00e9 dans ses grandes lignes au IVe si\u00e8cle, bien que le contenu n\u2019en ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement arr\u00eat\u00e9 qu\u2019au concile de Trente, en 1546.<br \/>\nC\u2019est saint J\u00e9r\u00f4me (vers 342-420) qui fut charg\u00e9 par le pape Damase d\u2019\u00e9tablir la version d\u00e9finitive des Evangiles et des <i>Actes des Ap\u00f4tres<\/i>, et il se plaint dans une lettre de la difficult\u00e9 du travail, due au m\u00e9lange de textes.<\/p>\n<p>Une liste de textes, premi\u00e8re esquisse de canon, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie vers le d\u00e9but du IIIe si\u00e8cle. Cette liste, qui porte le nom de \u00ab canon de Muratori \u00bb &#8211; du nom de celui qui la d\u00e9couvrit au XVIIIe si\u00e8cle -, \u00ab si elle appara\u00eet encore h\u00e9sitante sur certains \u00e9crits \u00e0 accepter, est pourtant cat\u00e9gorique sur ce qu\u2019il convient de rejeter comme h\u00e9r\u00e9tique \u00bb, \u00e9crit Pierre-Marie Beaude. (<i>P.-M. Beaude, Premiers chr\u00e9tiens, premiers martyrs, Paris, Gallimard, 1993, p. 137)<\/i><br \/>\nOr ce qu\u2019il convenait de rejeter cat\u00e9rogiquement comme h\u00e9r\u00e9tique, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment les t\u00e9moignages gnostiques, les originaux des textes retrouv\u00e9s \u00e0 Nag Hammadi \u2013 ces <i>Evangile selon Philippe, Evangile selon Thomas, Evangile selon Marie<\/i>, et tous les autres textes que le sable du d\u00e9sert d\u2019Egypte a rendus si r\u00e9cemment, apr\u00e8s presque deux mille ans d\u2019ensevelissement \u2013 et bien d\u2019autres \u0153uvres gnostiques, d\u00e9truites, qui ne sont connues que par les \u00e9crits d\u00e9form\u00e9s des \u00e9v\u00eaques censeurs, soucieux d\u2019extirper l\u2019h\u00e9r\u00e9sie.<br \/>\nMis \u00e0 l\u2019index par la hi\u00e9rarchie de l\u2019Eglise juda\u00efsante qui s\u2019\u00e9tait instaur\u00e9e d\u00e8s le IIe si\u00e8cle, les \u00e9crits gnostiques circul\u00e8rent pourtant jusqu\u2019au d\u00e9but du IVe si\u00e8cle, date \u00e0 laquelle un \u00e9v\u00e9nement majeur vint infl\u00e9chir irr\u00e9m\u00e9diablement la balance des forces en d\u00e9faveur de la gnose. Cet \u00e9v\u00e9nement fut l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif, par l\u2019empereur Constantin, des pers\u00e9cutions men\u00e9es jusque-l\u00e0 de fa\u00e7on sporadique par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs contre les chr\u00e9tiens. Cette officialisation par Constantin de l\u2019Eglise juda\u00efsante allait donner \u00e0 cette derni\u00e8re de nouvelles forces dans l\u2019entreprise de pers\u00e9cution des h\u00e9r\u00e9tiques. Pers\u00e9cution qui devint syst\u00e9matique, dot\u00e9e d\u00e9sormais de l\u2019appui du bras s\u00e9culier.(Pages 199-200 \u2013 Edition Alph\u00e9e)<\/p>\n<p><a href=\"#top\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-936\" src=\"..\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/fleche_top.gif\" alt=\"\" width=\"10\" height=\"5\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a name=\"5\"><\/a><b>5. L&rsquo;Eglise s&rsquo;est efforc\u00e9e de l\u00e9gitimer Pierre, celui qui hait la race des femmes<\/b><br \/>\n<i>Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange<\/i><\/p>\n<p>En affirmant [\u2026] ainsi la primaut\u00e9 de Pierre, les <i>Actes des Ap\u00f4tres<\/i> consacrent donc l\u2019ensevelissement d\u00e9finitif de Marie l\u2019Eveill\u00e9e, qui, contrairement \u00e0 ce qui se passe dans les Evangiles, n\u2019est pas m\u00eame cit\u00e9e. L\u2019apolog\u00e9tique centr\u00e9e sur Pierre, dans tout ce d\u00e9but des <i>Actes<\/i>, est si intense et visiblement si peu en rapport avec la personnalit\u00e9 r\u00e9elle de l\u2019ap\u00f4tre, qu\u2019il est apparu n\u00e9cessaire au r\u00e9dacteur de la justifier. Ainsi, tandis que les discours successifs, tr\u00e8s organis\u00e9s, qu\u2019on lui fait tenir, se r\u00e9v\u00e8lent comme de longs d\u00e9veloppements didactiques concernant l\u2019Histoire Sainte juive (d\u00e9veloppements destin\u00e9s toujours \u00e0 relier J\u00e9sus \u00e0 cette histoire), on peut lire le passage suivant, qui cherche visiblement \u00e0 rendre cr\u00e9dible cette \u00e9loquence inattendue de la part d\u2019un p\u00eacheur sans instruction :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><i>Les chefs, les anciens et les scribes qui se trouvaient \u00e0 J\u00e9rusalem [\u2026] constataient l\u2019assurance de Pierre et de Jean et, se rendant compte qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019hommes sans instruction et de gens quelconques, ils en \u00e9taient \u00e9tonn\u00e9s.<\/i> (Ac IV, 13)<\/p>\n<p>Quoique le texte cite Jean et Pierre, Jean est pr\u00e9sent\u00e9 comme un figurant muet : il ne fait qu\u2019accompagner Pierre, assistant aux gu\u00e9risons que r\u00e9alise celui-ci, \u00e9coutant les discours qu\u2019il prononce. Tout se passe comme si la mention de cette pr\u00e9sence de Jean servait elle aussi \u00e0 cr\u00e9dibiliser la nouvelle image de Pierre, dont le texte rappelle que, le connaissant et le sachant sans instruction, les assistants s\u2019\u00e9tonnent de son \u00e9rudition soudaine.<br \/>\nIl s\u2019agit de faire passer l\u2019id\u00e9e que la transfiguration de Pierre en chef \u00e9rudit et d\u2019une autorit\u00e9 sans faille est \u00e0 mettre sur le compte de Dieu lui-m\u00eame, qui l\u2019aurait choisi en personne pour prendre la t\u00eate de la communaut\u00e9 des Ap\u00f4tres. Autrement dit, il s\u2019agit pour le parti juda\u00efsant de se l\u00e9gitimer en l\u00e9gitimant Pierre, son chef.<\/p>\n<p>Selon que l\u2019on se tourne vers les Evangiles gnostiques interdits par l\u2019Eglise officielle ou bien au contraire vers les <i>Actes des Ap\u00f4tres<\/i>, on a donc deux images tr\u00e8s diff\u00e9rentes de Pierre. Dans le premier cas, disciple lourd et obtus qui provoque l\u2019agacement de l\u2019Enseigneur et m\u00eame sa col\u00e8re par ses vues \u00ab qui ne sont pas celles de Dieu mais des hommes \u00bb, le contraire d\u2019\u00e9veill\u00e9 puisqu\u2019il s\u2019endort par trois fois, la derni\u00e8re nuit, \u00e0 Geths\u00e9mani, suscitant l\u2019ironie am\u00e8re de J\u00e9sus ; disciple de caract\u00e8re p\u00e9remptoire, misogyne \u00ab qui hait la race de femmes \u00bb, d\u00e9sempar\u00e9 apr\u00e8s la mort de J\u00e9sus et qui, ne trouvant pas assez de foi en lui-m\u00eame, tente pourtant de se tourner vers elle, la compagne, la disciple pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e qu\u2019il a toujours jalous\u00e9e. Ou au contraire, dans les <i>Actes<\/i>, personnalit\u00e9 de chef, brillant et plein d\u2019autorit\u00e9, \u00e9mergeant d\u2019embl\u00e9e parmi les disciples d\u00e8s apr\u00e8s la r\u00e9surrection de J\u00e9sus. Chef que l\u2019Eglise officielle s\u2019efforce de l\u00e9gitimer en lui attribuant un certain nombres de paroles apolog\u00e9tiques le concernant et qu\u2019on met dans la bouche de J\u00e9sus, comme la suivante :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><i>Tu es Pierre et sur cette pierre je b\u00e2tirai mon Eglise. <\/i>(Mt XVI, 18)<\/p>\n<p>Parole que l\u2019ex\u00e9g\u00e8se s\u2019accorde aujourd\u2019hui pour reconna\u00eetre comme n\u2019\u00e9tant pas authentique. (Pages 290-291 \u2013 Edition Alph\u00e9e)<\/p>\n<p><a href=\"#top\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-936\" src=\"..\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/fleche_top.gif\" alt=\"\" width=\"10\" height=\"5\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a name=\"6\"><\/a><b>6. L&rsquo;\u00eatre humain se r\u00e9alisera \u00ab\u00a0lorsqu&rsquo;il fera du masculin et du f\u00e9minin un Unique\u00a0\u00bb<\/b><br \/>\n<i>Extrait de \u00ab\u00a0L&rsquo;Evangile de Thomas\u00a0\u00bb traduit et comment\u00e9 par Jean-Yves Leloup<\/i><br \/>\n<i><\/i><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><i>J\u00e9sus vit des petits qui \u00e9taient au sein.<br \/>\nIl dit \u00e0 ses disciples :<br \/>\nCes petits qui t\u00e8tent sont semblables \u00e0 ceux qui entrent dans le Royaume.<br \/>\nIls lui dirent :<br \/>\nAlors, en devenant petits, nous entrerons dans le Royaume ?<br \/>\nJ\u00e9sus leur dit :<br \/>\nLorsque vous ferez de deux Un<br \/>\net que vous ferez l\u2019int\u00e9rieur comme l\u2019ext\u00e9rieur,<br \/>\nl\u2019ext\u00e9rieur comme l\u2019int\u00e9rieur,<br \/>\nle haut comme le bas,<br \/>\nlorsque vous ferez du masculin et du f\u00e9minin un Unique,<br \/>\nafin que le masculin ne soit pas un m\u00e2le<br \/>\net que le f\u00e9minin ne soit pas une femelle,<br \/>\nlorsque vous aurez des yeux dans vos yeux,<br \/>\nune main dans votre main,<br \/>\net un pied dans votre pied,<br \/>\nune ic\u00f4ne dans votre ic\u00f4ne,<br \/>\nalors vous entrerez dans le Royaume !<\/i> (Logion 22)<\/p>\n<p>[\u2026] Le haut doit toucher le bas. Ce n\u2019est pas une lapalissade, mais une indication de travail. Beaucoup n\u2019ont pas la t\u00eate sur les \u00e9paules ; ce qu\u2019ils r\u00eavent est souvent contradictoire avec les pulsions de leur corps. Le haut et le bas sont quelquefois totalement s\u00e9par\u00e9s. L\u2019int\u00e9gration du c\u00e9leste et du terrestre, la non-opposition du charnel et du spirituel, telle est l\u2019\u0153uvre du gnostique. Cela passe aussi par l\u2019int\u00e9gration du masculin et du f\u00e9minin, de l\u2019<i>anima<\/i> et de l\u2019<i>animus<\/i>. il s\u2019agit de r\u00e9aliser en nous les noces de l\u2019homme et de la femme, sinon nous chercherons \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur la moiti\u00e9 qui nous manque ; nous ne nous rencontrerons pas en tant que personnes, indivises et r\u00e9alis\u00e9es.<br \/>\nLe th\u00e8me de l\u2019Androgyne revient souvent chez les gnostiques. Il symbolise l\u2019int\u00e9gration des polarit\u00e9s masculines et f\u00e9minines : rigueur et tendresse, intelligence et amour, force et douceur ; il d\u00e9crit l\u2019\u00eatre humain dans sa totalit\u00e9. Cette totalit\u00e9 n\u2019est pas close sur elle-m\u00eame. Elle rappelle seulement que l\u2019homme est capable d\u2019aimer \u00e0 partir de sa pl\u00e9nitude, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 partir de son manque. Nos amours ne sont pas que soifs. Ils peuvent devenir fontaines d\u00e9bordantes.<br \/>\n[\u2026] (Pages 93-94 \u2013 Editions Albin Michel)<\/p>\n<p><a href=\"#top\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-936\" src=\"..\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/fleche_top.gif\" alt=\"\" width=\"10\" height=\"5\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><!--#include file=\".\/foot.asp\"--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant Yahv\u00e9, la culture du divin f\u00e9minin, Fran\u00e7oise Gange Le christianisme officiel s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9 de l&rsquo;enseignement de J\u00e9sus, Fran\u00e7oise Gange J\u00e9sus ne partageait pas l&rsquo;horreur du f\u00e9minin dont l&rsquo;Eglise a longtemps \u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9e, Fran\u00e7oise Gange L&rsquo;enseignement de J\u00e9sus, consid\u00e9r\u00e9 comme h\u00e9r\u00e9tique, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9crit par l&rsquo;Eglise, Fran\u00e7oise Gange L&rsquo;Eglise s&rsquo;est efforc\u00e9e de l\u00e9gitimer Pierre, celui qui hait la race des femmes, Fran\u00e7oise Gange L&rsquo;\u00eatre humain se r\u00e9alisera \u00ab\u00a0lorsqu&rsquo;il fera du masculin et du f\u00e9minin un Unique\u00a0\u00bb, parole de J\u00e9sus 1. Avant Yahv\u00e9, la culture du divin f\u00e9minin Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange Avant Yahv\u00e9, premier dieu c\u00e9libataire, c\u2019est-\u00e0-dire premier dieu sans contrepartie f\u00e9minine de toute l\u2019histoire, le f\u00e9minin \u00e9tait sacralis\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du masculin, comme en t\u00e9moigne la composition des panth\u00e9ons tant \u00e9gyptien, que grec, ph\u00e9nicien, canan\u00e9en, akkadien, babylonien\u2026 pour ne citer que des exemples concernant les territoires qui jouxtent, entourent ou, pour ce qui est de Canaan, ont servi de th\u00e9\u00e2tre aux faits relat\u00e9s par l\u2019Ancien Testament. Dans ces diff\u00e9rents pays, la figure de la D\u00e9esse \u00e9tait encore souvent pr\u00e9gnante \u00e0 l\u2019\u00e9poque biblique, comme on peut le constater \u00e0 travers les innombrables passages de l\u2019Ancien Testament qui r\u00e9sonnent des impr\u00e9cations de Yahv\u00e9 contre l\u2019ancien culte vou\u00e9 \u00e0 celle \u00ab dont les noms sont innombrables \u00bb, Astart\u00e9 la Tr\u00e8s Haute, la Reine du Ceil et de la Terre.Car le divin avait d\u2019abord \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme \u00e9tant f\u00e9minin. Astart\u00e9 n\u2019\u00e9tait qu\u2019un avatar tardif d\u2019Ishtar, d\u00e9esse des Akkadiens, qui avait elle-m\u00eame succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 la grande d\u00e9esse sum\u00e9rienne Inanna, ma\u00eetresse de la Fertilit\u00e9\/F\u00e9condit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire cr\u00e9atrice de toute vie. Plus avant encore, les diff\u00e9rentes \u00e9tapes du n\u00e9olithique s\u2019\u00e9taient elles aussi structur\u00e9es autour d\u2019une D\u00e9esse-M\u00e8re dont on peut voir les diverses repr\u00e9sentations symboliques sur les objets datant de cette p\u00e9riode. Ce concept d\u2019un divin f\u00e9minin, tr\u00e8s ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e9mergence des dieux m\u00e2les, semble avoir \u00e9t\u00e9 universel puisqu\u2019on en retrouve les traces tant au Proche- et au Moyen-Orient, qu\u2019en Extr\u00eame-Orient, en Europe, jusqu\u2019aux pays scandinaves et en Afrique\u2026 Les mythes de Sumer racontent le formidable combat, aux environs de 3000 av. J.-C., des premiers h\u00e9ros m\u00e2les en qu\u00eate de divinisation, contre la D\u00e9esse jusque-l\u00e0 con\u00e7ue comme Cr\u00e9atrice des mondes et de la vie sous toutes ses formes, pourvoyeuse de l\u2019Eau fertile et du Grain qui nourrit. [\u2026] Les h\u00e9ros qui, bien avant Yahv\u00e9, se sont attaqu\u00e9s au culte du divin f\u00e9minin, ont pour noms Gilgamesh, Baal, Ninurta, puis Marduk\u2026 Les mythes de Sumer \u2013 les plus anciens t\u00e9moignages \u00e9crits retrouv\u00e9s \u00e0 ce jour \u2013 r\u00e9sonnent d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la fureur de leurs exp\u00e9ditions guerri\u00e8res sur les flancs de la Montagne sacr\u00e9e qu\u2019ils veulent conqu\u00e9rir pour eux-m\u00eames, mettant \u00e0 bas le r\u00e8gne de la D\u00e9esse, et massacrant ses grandes pr\u00eatresses dont ils convoitent le tr\u00f4ne \u00e0 la fois terrestre et divin. [\u2026] Les mythes montrent que la conqu\u00eate patriarcale s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e conjointement sur les plans temporel et divin, les premiers dieux (Enki, Enlil, Nanna\u2026) venant asseoir la l\u00e9gitilit\u00e9 des nouveaux monarques, m\u00e2les, en m\u00eame temps qu\u2019ils rel\u00e9guaient la D\u00e9esse. Pour les dieux comme pour les rois, il s\u2019agissait de vaincre la \u00ab premi\u00e8re humanit\u00e9 \u00bb constitu\u00e9e par les fid\u00e8les de la Grande M\u00e8re. Il fallait ensuite d\u00e9raciner les anciennes croyances, pour parvenir \u00e0 imposer la \u00ab deuxi\u00e8me humanit\u00e9 \u00bb patriarcale, structur\u00e9e sur la terre comme au ciel autour du principe masculin. Humanit\u00e9 patriarcale d\u2019o\u00f9 a \u00e9merg\u00e9 Yahv\u00e9, le Dieu m\u00e2le unique qui a termin\u00e9 l\u2019\u0153uvre d\u2019\u00e9radication du f\u00e9mining divin. (Pages 102 \u00e0 105 \u2013 Edition Alph\u00e9e). 2. Le christianisme officiel s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9 de l&rsquo;enseignement de J\u00e9sus Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange Ainsi Pierre, Paul et tous les \u00e9v\u00eaques apr\u00e8s eux, ont-ils enseveli l\u2019enseignement si profond\u00e9ment novateur de J\u00e9sus, le message de paix et d\u2019amour se retransformant en message d\u2019exclusion et de geurre. Guerre men\u00e9e par une moiti\u00e9 de l\u2019humain sur l\u2019autre moiti\u00e9 et ce, tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019individu que dans la soci\u00e9t\u00e9 : l\u2019esprit (assimil\u00e9 \u00e0 la force m\u00e2le) ayant pour t\u00e2che d\u2019\u00e9craser le corps assimil\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 femelle (parfois jusqu\u2019\u00e0 des attitudes extr\u00eames, mac\u00e9rations, flagellations et autres mortifications des moines) ; l\u2019homme \u00e9tant confort\u00e9 dans sa sup\u00e9riorit\u00e9 et son bon droit \u00e0 \u00e9craser la femme ; et le divin, con\u00e7u comme ext\u00e9rieur et d\u2019essence radicalement diff\u00e9rente, ayant pour finalit\u00e9 de culpabiliser l\u2019humain afin de le soumettre. Le christianisme officiel faisait ainsi perdre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 sa change d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la grandeur v\u00e9ritable, qui r\u00e9side dans la conscience de ce que le divin est au-dedans de chacun : Royaume \u00e0 atteindre par la qu\u00eate int\u00e9rieure, ardente et sinc\u00e8re, comme le dit l\u2019Enseigneur dans tous les manuscrits de la gnose interdite, et tout sp\u00e9cialement dans L\u2019\u00e9vangile selon Thomas. (Page 194 \u2013 Edition Alph\u00e9e) 3. J\u00e9sus ne partageait pas l&rsquo;horreur du f\u00e9minin dont l&rsquo;Eglise a longtemps \u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9e Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange L\u2019attitude de J\u00e9sus vis-\u00e0-vis des femmes et du f\u00e9minin ne refl\u00e8te en rien la misogynie des r\u00e9dacteurs de l\u2019Ancien Testament. Misogynie qui fut pourtant reprise par la hi\u00e9rarchie de l\u2019Eglise, comme on peut le voir dans ce qui suit. Au IIIe si\u00e8cle, afin d\u2019affirmer le caract\u00e8re divin de J\u00e9sus et de d\u00e9gager ce dernier de la souillure que repr\u00e9sentait sa naissance du corps d\u2019une femme, l\u2019Eglise d\u00e9veloppa l\u2019image du Fils engendr\u00e9 dans le sein du P\u00e8re \u00e9ternel. Tandis qu\u2019au Ve si\u00e8cle, ayant impos\u00e9 la divinit\u00e9 de J\u00e9sus, elle se demanda dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit comment, J\u00e9sus \u00e9tant Dieu, il pouvait avoir subi une seconde g\u00e9n\u00e9ration du sein d\u2019une femme. L\u2019id\u00e9e paraissait si r\u00e9pugnante au patriarche de Constantinople, Nestorius, qu\u2019il s\u2019indignait dans une lettre \u00e0 son coll\u00e8gue Cyrille d\u2019Alexandrie : \u00ab Tu oses dire que le Fils de Dieu a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 dans le sein, qu\u2019il grossissait, puis qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 allait\u00e9, lang\u00e9 ? Cela suffit : ne retourne pas aux mythologies pa\u00efennes. \u00bb Et Nestorius avait alors imagin\u00e9 le compromis suivant : le fils de Dieu \u00e9tait venu s\u2019installer dans l\u2019enfant naissant, sans subir le processus humiliant de la g\u00e9n\u00e9ration. Or J\u00e9sus ne semble pas avoir partag\u00e9 cette horreur du f\u00e9minin et de ce qui lui \u00e9tait traditionnellement li\u00e9 : la maternit\u00e9, les enfants, les t\u00e2ches du quotidien, ni m\u00eame la sexualit\u00e9 f\u00e9minine lorsqu\u2019il arrivait qu\u2019elle d\u00e9bord\u00e2t du cadre rigide que les pr\u00e9ceptes juifs lui imposaient. Il ne condamne pas la femme adult\u00e8re que lui am\u00e8nent scribes et parisiens, pr\u00eats \u00e0 la lapider comme le prescrivait la Loi juda\u00efque. Ma\u00eetre, lui dirent-ils, cette femme a \u00e9t\u00e9 prise en flagrant d\u00e9lit d\u2019adult\u00e8re. Dans la Loi, Mo\u00efse nous a prescrit de lapider ces femmes-l\u00e0. Et toi, qu\u2019en dis-tu ? (Jn VIII, 4-5) Ce faisant, les autorit\u00e9s juda\u00efques veulent tester J\u00e9sus et v\u00e9rifier s\u2019il adh\u00e8re \u00e0 leur foi \u2013 situation qui revient fr\u00e9quemment dans les Evangiles et qui montre \u00e0 quel point l\u2019enseignement de J\u00e9sus devait diverger de ce qu\u2019enseignait la Loi. On conna\u00eet la r\u00e9ponse de ce dernier : Que celui qui n\u2019a jamais p\u00e9ch\u00e9 lui jette la premi\u00e8re pierre ! Les accusateurs \u00e9tant partis d\u00e9contenanc\u00e9s, J\u00e9sus fait alors remarquer \u00e0 celle dont il vient de sauver la vie, qu\u2019elle est libre de s\u2019en aller puisqu\u2019ils ne l\u2019ont pas condamn\u00e9e, et il ajoute : Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et ne p\u00e8che plus. A la d\u00e9monisation de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine situ\u00e9e hors cadre du mariage, \u00e0 sa r\u00e9pression f\u00e9roce par la Loi juive puisque l\u2019adult\u00e8re des femmes est trait\u00e9 comme un v\u00e9ritable crime, puni de mort, J\u00e9sus oppose une logique de justice et une droitesse tranquille : qui peut se faire le juge de l\u2019autre ? Qui n\u2019a jamais commis d\u2019actions r\u00e9pr\u00e9hensibles ? Il faut rappeler que dans l\u2019Ancien Testament, source de la Loi qui condamne \u00e0 la lapidation la femme adult\u00e8re, la polygamie est tol\u00e9r\u00e9e pour les hommes et m\u00eame bien vue : Salomon avait \u00ab sept cents \u00e9pouses de rang princier et trois cents concubines \u00bb.(Page 28-29 \u2013 Edition Alph\u00e9e) 4. L&rsquo;enseignement de J\u00e9sus, consid\u00e9r\u00e9 comme h\u00e9r\u00e9tique, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9crit par l&rsquo;Eglise Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange Il faut rappeler que le canon (terme qui signifie \u00ab r\u00e8gle \u00bb) du Nouveau Testament, c\u2019est-\u00e0-dire la liste des \u00e9crits reconnus comme livres saints par l\u2019Eglise, s\u2019est trouv\u00e9 fix\u00e9 dans ses grandes lignes au IVe si\u00e8cle, bien que le contenu n\u2019en ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement arr\u00eat\u00e9 qu\u2019au concile de Trente, en 1546. C\u2019est saint J\u00e9r\u00f4me (vers 342-420) qui fut charg\u00e9 par le pape Damase d\u2019\u00e9tablir la version d\u00e9finitive des Evangiles et des Actes des Ap\u00f4tres, et il se plaint dans une lettre de la difficult\u00e9 du travail, due au m\u00e9lange de textes. Une liste de textes, premi\u00e8re esquisse de canon, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie vers le d\u00e9but du IIIe si\u00e8cle. Cette liste, qui porte le nom de \u00ab canon de Muratori \u00bb &#8211; du nom de celui qui la d\u00e9couvrit au XVIIIe si\u00e8cle -, \u00ab si elle appara\u00eet encore h\u00e9sitante sur certains \u00e9crits \u00e0 accepter, est pourtant cat\u00e9gorique sur ce qu\u2019il convient de rejeter comme h\u00e9r\u00e9tique \u00bb, \u00e9crit Pierre-Marie Beaude. (P.-M. Beaude, Premiers chr\u00e9tiens, premiers martyrs, Paris, Gallimard, 1993, p. 137) Or ce qu\u2019il convenait de rejeter cat\u00e9rogiquement comme h\u00e9r\u00e9tique, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment les t\u00e9moignages gnostiques, les originaux des textes retrouv\u00e9s \u00e0 Nag Hammadi \u2013 ces Evangile selon Philippe, Evangile selon Thomas, Evangile selon Marie, et tous les autres textes que le sable du d\u00e9sert d\u2019Egypte a rendus si r\u00e9cemment, apr\u00e8s presque deux mille ans d\u2019ensevelissement \u2013 et bien d\u2019autres \u0153uvres gnostiques, d\u00e9truites, qui ne sont connues que par les \u00e9crits d\u00e9form\u00e9s des \u00e9v\u00eaques censeurs, soucieux d\u2019extirper l\u2019h\u00e9r\u00e9sie. Mis \u00e0 l\u2019index par la hi\u00e9rarchie de l\u2019Eglise juda\u00efsante qui s\u2019\u00e9tait instaur\u00e9e d\u00e8s le IIe si\u00e8cle, les \u00e9crits gnostiques circul\u00e8rent pourtant jusqu\u2019au d\u00e9but du IVe si\u00e8cle, date \u00e0 laquelle un \u00e9v\u00e9nement majeur vint infl\u00e9chir irr\u00e9m\u00e9diablement la balance des forces en d\u00e9faveur de la gnose. Cet \u00e9v\u00e9nement fut l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif, par l\u2019empereur Constantin, des pers\u00e9cutions men\u00e9es jusque-l\u00e0 de fa\u00e7on sporadique par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs contre les chr\u00e9tiens. Cette officialisation par Constantin de l\u2019Eglise juda\u00efsante allait donner \u00e0 cette derni\u00e8re de nouvelles forces dans l\u2019entreprise de pers\u00e9cution des h\u00e9r\u00e9tiques. Pers\u00e9cution qui devint syst\u00e9matique, dot\u00e9e d\u00e9sormais de l\u2019appui du bras s\u00e9culier.(Pages 199-200 \u2013 Edition Alph\u00e9e) 5. L&rsquo;Eglise s&rsquo;est efforc\u00e9e de l\u00e9gitimer Pierre, celui qui hait la race des femmes Extrait de \u00ab\u00a0J\u00e9sus et les femmes\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Gange En affirmant [\u2026] ainsi la primaut\u00e9 de Pierre, les Actes des Ap\u00f4tres consacrent donc l\u2019ensevelissement d\u00e9finitif de Marie l\u2019Eveill\u00e9e, qui, contrairement \u00e0 ce qui se passe dans les Evangiles, n\u2019est pas m\u00eame cit\u00e9e. L\u2019apolog\u00e9tique centr\u00e9e sur Pierre, dans tout ce d\u00e9but des Actes, est si intense et visiblement si peu en rapport avec la personnalit\u00e9 r\u00e9elle de l\u2019ap\u00f4tre, qu\u2019il est apparu n\u00e9cessaire au r\u00e9dacteur de la justifier. Ainsi, tandis que les discours successifs, tr\u00e8s organis\u00e9s, qu\u2019on lui fait tenir, se r\u00e9v\u00e8lent comme de longs d\u00e9veloppements didactiques concernant l\u2019Histoire Sainte juive (d\u00e9veloppements destin\u00e9s toujours \u00e0 relier J\u00e9sus \u00e0 cette histoire), on peut lire le passage suivant, qui cherche visiblement \u00e0 rendre cr\u00e9dible cette \u00e9loquence inattendue de la part d\u2019un p\u00eacheur sans instruction : Les chefs, les anciens et les scribes qui se trouvaient \u00e0 J\u00e9rusalem [\u2026] constataient l\u2019assurance de Pierre et de Jean et, se rendant compte qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019hommes sans instruction et de gens quelconques, ils en \u00e9taient \u00e9tonn\u00e9s. (Ac IV, 13) Quoique le texte cite Jean et Pierre, Jean est pr\u00e9sent\u00e9 comme un figurant muet : il ne fait qu\u2019accompagner Pierre, assistant aux gu\u00e9risons que r\u00e9alise celui-ci, \u00e9coutant les discours qu\u2019il prononce. Tout se passe comme si la mention de cette pr\u00e9sence de Jean servait elle aussi \u00e0 cr\u00e9dibiliser la nouvelle image de Pierre, dont le texte rappelle que, le connaissant et le sachant sans instruction, les assistants s\u2019\u00e9tonnent de son \u00e9rudition soudaine. Il s\u2019agit de faire passer l\u2019id\u00e9e que la transfiguration de Pierre en chef \u00e9rudit et d\u2019une autorit\u00e9 sans faille est \u00e0 mettre sur le compte de Dieu lui-m\u00eame, qui l\u2019aurait choisi en personne pour prendre la t\u00eate de la communaut\u00e9 des Ap\u00f4tres. Autrement dit, il s\u2019agit pour le parti juda\u00efsant de se l\u00e9gitimer en l\u00e9gitimant Pierre, son chef. Selon que l\u2019on se tourne vers les Evangiles gnostiques interdits par l\u2019Eglise officielle&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":["post-957","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-spiritualite-textes-choisis"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/957","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=957"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/957\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":974,"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/957\/revisions\/974"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=957"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=957"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/claudinemarichal.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=957"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}